Brahms et le « roi de la valse »

Un week-end de concerts avec Hengelbrock à l’automne

Image montrant Hengelbrock 2016 C Florence Grandidier © Florence Grandidier
© Florence Grandidier

C’est une étrange affinité élective : Johannes Brahms, cet homme au sérieux tout hanséatique, tenait en haute estime le Viennois Johann Strauss. Cette admiration était réciproque. Le « roi de la valse », qui voyageait sans cesse entre les grands centres de la vie musicale européenne - parmi lesquels, bien sûr, Baden-Baden, comme le rappelle une plaque dans le pavillon des concerts du Kurpark -, qui dirigeait ses œuvres aux États-Unis avec des orchestres colossaux qu’il avait lui-même formés, écrivit en 1881 à son éditeur : « Johannes Brahms doit se voir dédier une valse de ma composition. Je veux que cette valse soit populaire, mais aussi osée et relevée ». Le samedi 31 octobre à 16 h et le dimanche 1er novembre à 11 h, Thomas Hengelbrock interprètera cette valse dédiée à Brahms avec l’Ensemble Balthasar-Neumann. Vous entendrez aussi la soprano Katharina Konradi qui chantera des airs des opérettes de Strauss « Sang viennois » et « La danseuse Fanny Elssler ». En deuxième partie, vous pourrez entendre la Symphonie n°3 de Brahms. Le fait que Strauss ait choisi de donner pour titre à cette valse « Seid umschlungen, Millionen » (« Soyez enlacés, millions »), n’est pas sans ironie. Brahms a souffert toute sa vie d’être dans l’ombre de l’immense Beethoven. Et lorsque Strauss, à travers la valse qu’il lui dédiait, a cité l’«Ode à la joie » de Schiller, Brahms a très bien pu le comprendre comme un conseil amical : « Oublie donc Beethoven et sa Neuvième, regarde : cela peut aussi être facile ! »

Brahms lui-même ne s’est jamais rendu la vie facile : il étudiait les maîtres anciens et s’efforçait méticuleusement de se montrer digne de ce lourd héritage. Et pourtant, il a réussi quelques percées vers la modernité, ce qui lui a valu l’admiration d’un novateur comme Arnold Schoenberg. Dans le premier de ses concerts de cet automne, le vendredi 30 octobre 2020, Hengelbrock dirigera le « Requiem allemand » avec le Choeur Balthasar-Neumann et l’Orchestre Balthasar-Neumann. Les solistes seront Katharina Konradi et Matthias Goerne. Avec cette œuvre à l’effectif imposant, Brahms nous a laissé un manifeste par lequel il s’émancipe du protestantisme en musique : en choisissant lui-même des textes de la Bible, il a trouvé un chemin pour s’éloigner du rituel et aller vers un deuil et une consolation « adultes ».

Thomas Hengelbrock excelle lorsqu’il s’agit de chercher le nouveau dans l’ancien, ce qui fait de lui l’un des chefs brahmsiens les plus intéressants. En tant qu’éminent représentant d’une école d’interprétation qui s’appuie sur la recherche historique, il remet en cause depuis des décennies nos habitudes d’écoute afin de parvenir à une attitude juste vis-à-vis de l’œuvre. Utiliser des instruments historiquement pertinents et procéder à une étude critique des partitions, voilà bien le minimum que l’on peut attendre d’une telle approche. Il est tout aussi important pour Hengelbrock de créer des relations que de montrer la contemporanéité des différences. Ou bien, justement, de mettre en évidence les différences qui interdisent d’aborder des œuvres de la même façon simplement parce qu’elles sont de la même époque.

Thomas Hengelbrock accorde peu d’entretiens. Ses concerts n’en sont que plus éloquents. Cette soirée consacrée à des œuvres de Brahms et de Johann Strauss en dit long sur les désirs des compositeurs à leur époque : désir de mélodie chez Brahms, désir d’être reconnu par les compositeurs et les critiques « sérieux » chez Strauss. Elle en dit long sur l’inspiration qu’ils ont tous deux trouvée dans le « populaire ». Et sur l’habileté avec laquelle ils ont transposé ces éléments populaires dans leurs genres respectifs de musique savante. Enfin, cette soirée raconte une page d’histoire de Baden-Baden, car les deux compositeurs aimaient notre ville et y séjournaient souvent : Brahms parce qu’il voulait se rapprocher de Clara Schumann et qu’il cherchait la solitude de la Forêt Noire ; Strauss parce qu’il était sensible à l’appréciation de ce beau monde qui affluait tous les ans ici, et où se croisaient bourgeois, artistes et aristocrates.

Image montrant Hengelbrock 2016 C Florence Grandidier
ven. 30.10.20 Thomas Hengelbrock I

Un Requiem Allemand J. Brahms, K. Konradi, M. Goerne, Balthasar-Neumann-Ensembles

Image montrant Balthasar Neumann Chor® Florence Grandidier
sam. 31.10.20 Thomas Hengelbrock II

Changement de programme: Troisième symphonie de Johannes Brahms avec l'ensemble Balthasar Neumann

Image montrant Katharina Konradi 11 C Simon Pauly
dim. 01.11.20 Thomas Hengelbrock III

Changement de programme: Troisième symphonie de Johannes Brahms avec l'ensemble Balthasar Neumann

Mis à jour: 06/11/2020